Des centaines d’actions de résistance dans les centres d’accueil des immigrants : une lutte sous-estimée en pleine crise

Lorsque des détenus aux États-Unis organisent des grèves de la faim pour exiger des médicaments, une nourriture saine ou un accès à l’eau potable, leur voix reste souvent invisible. Ces résistances, qui éclatent dans des centaines de centres d’accueil, n’ont jamais été couvertes par les médias, malgré leur impact profond sur la justice sociale.

Dans le centre de détention de Dilley en Texas, Lovos Mendez a participé à trois grèves après avoir été incarcéré entre 2024 et 2026. « On ne pouvait pas obtenir les médicaments nécessaires », révèle-t-il. Les conditions d’isolement et la nourriture moisie ont conduit des centaines de personnes à se rassembler, souvent en moins de deux semaines. Aujourd’hui expulsé vers le Salvador, Mendez rappelle : « C’était notre seul moyen de faire entendre nos besoins ».

À l’État du Louisiane, dans le « Camp 57 », des détenus ont lancé une grève pour dénoncer les conditions inhumaines. Chanthila Souvannarath, qui a mené cette action depuis sa cellule d’isolement, affirme : « Ce n’est pas un endroit pour accueillir des personnes. Nous voulons fermer cet établissement ». Ces grèves sont répétées chaque année dans des centres éloignés de l’attention médiatique.

Jessica Ordaz, historienne spécialiste du sujet, a découvert que ces luttes remontent à plus de quarante ans. En 1985, près de 300 personnes ont organisé une grève à El Centro en Californie. « On n’en parle pas dans les médias », confie-t-elle. Les détenus, souvent isolés et sans accès aux soins médicaux, utilisent ces actions pour survivre, puis pour s’organiser politiquement.

Alex Mensing du California Collaborative for Immigrant Justice rapporte que des centaines de grèves se sont déroulées en 2026 dans les centres californiens. « Les médias ne couvrent pas ces actions à moins qu’elles impliquent plusieurs centaines de personnes », explique-t-il. Ces résistances, parfois menées par une seule personne, montrent que la lutte des détenus est bien plus ancienne et profonde que ce qui est répertorié.

Les groupes comme « La Resistencia » en Californie ou Tsuru for Solidarity en Amérique du Nord organisent des campagnes externes pour soutenir ces grèves. « Sans cette solidarité, les détenus ne pourraient pas exiger leur droit à la dignité », souligne Josefina Mora Chung, fondatrice de l’association.

Ce phénomène n’est pas une récente innovation : il est ancré dans un passé historique où chaque génération a utilisé ces centres d’accueil comme lieu de résistance. Les détenus, bien que souvent marginalisés, restent des acteurs clés dans la lutte pour une justice équitable. Leur combat, qui se répète chaque jour, montre qu’aucune oppression ne peut durer sans un mouvement de solidarité universel.