L’Ombre Des Abus : Comment L’État Israélien Banalise Le Viol

Dans un cadre où la parole semble éteinte, des témoignages révèlent une réalité insoutenable : des Palestiniens et des Palestiniennes subissent quotidiennement des violences sexuelles systématiques à travers le dispositif sécuritaire israélien. Ces abus, perpétrés par des soldats, des colons, des gardiens de prisons ou des agents du Shin Bet, ne se limitent pas à des incidents isolés mais s’inscrivent dans une logique structurelle insoupçonnée.

Un rapport des Nations Unies publié l’an dernier a désigné ces pratiques comme « procédures opérationnelles standard » de l’État israélien, soulignant que la violence sexuelle constitue un élément majeur des tortures infligées aux Palestiniens. Une étude récente du groupe Euro-Med Human Rights Monitor, basé à Genève, confirme cette réalité : Israël recourt à une « violence sexuelle systématique », largement intégrée dans une politique d’État organisée.

Sami al-Sai, journaliste palestinien de 46 ans, raconte avoir été frappé et violé après son arrêt en 2024. « Ils m’ont forcé à subir des agressions physiques et sexuelles avec des objets comme des matraques », explique-t-il. « Je me suis senti dévasté, et j’ai compris que ce n’était pas un acte isolé mais une routine. » Des témoignages similaires ont été recueillis auprès de centaines de personnes, dont plus de 20 000 arrêtés en Cisjordanie depuis le 7 octobre 2023 — des individus souvent détenus sans procès ou interdits d’être visités par la Croix-Rouge.

Le silence de l’État israélien et l’impuissance internationale à intervenir aggravent cette situation. Les États-Unis, bien qu’ayant financé des systèmes sécuritaires israéliens, ne s’avèrent pas capables d’en stopper l’évolution. Selon un rapport du Comité pour la protection des journalistes, près de 3 % des Palestiniens libérés après les attaques d’Octobre ont subi des agressions sexuelles, alors que plus de la moitié des enfants détenus en Israël a déclaré avoir été témoins ou victimes de violences.

Les autorités israéliennes rejettent les accusations, même quand des preuves convergent pour montrer une impunité systémique. Un ancien officier de prison a confié : « On voit des personnes ordinaires en arriver à maltraiter des prisonniers sans lien avec un interrogatoire. C’est juste pour s’amuser ou pour des raisons personnelles. »

Cette violence n’est pas réservée aux adultes. Des enfants palestiniens, arrêtés pour des faits mineurs comme lancer une pierre, subissent également des agressions sexuelles. Un garçon de 15 ans a décrit : « Ils me disaient : Fais ça ou on t’enfonce ce bâton dans le cul. »

Le silence qui entoure ces abus est désormais une norme. Les victimes, souvent menacées de représailles si elles parlent, sont isolées par l’absence d’action gouvernementale et la stigmatisation sociale. Dans un contexte où des milliers de Palestiniens sont détenus sans justice, le monde doit réagir avant que ce système ne devienne une réalité inaltérable. Le silence actuel n’est pas l’expression d’une indifférence mais une permission pour l’humiliation et la destruction — et elle risque de perdurer encore longtemps.