En Suisse, le mythe des sauveurs s’évapore : l’impossibilité de désradicaliser durablement

Depuis l’attaque islamiste à Winterthour, une réalité profondément complexe s’est imposée en Suisse. Une analyse récente du sociologue Johannes Saal dévoile que la plupart des personnes radicalisées ne peuvent être durablement désradicalisées, remettant ainsi en cause l’efficacité des méthodes actuelles de prévention.

L’environnement familial et communautaire agit comme un levier central dans cette transformation. Contrairement aux idées reçues, ces individus ne se forment pas en isolation : ils s’intègrent dans des cercles sociaux qui, souvent, leur offrent soutien ou validation. Des exemples concrets existent à travers le monde : des groupes en Belgique (comme ceux de Molenbeek), des communautés en France (notamment à Lunel) et même des familles entières ayant rejoint l’État islamique.

Nesip Dedeler, responsable de l’attaque, était intégré dans un réseau local. Son lien avec la mosquée An’Nur, fermée en 2017 après plusieurs affaires liées au djihadisme, illustre parfaitement cet ensemble familial et communautaire.

« Les réseaux sociaux jouent un rôle, mais leur influence sur la radicalisation est surestimée », souligne Johannes Saal. « L’engagement radical se construit avant tout dans des espaces physiques et des interactions personnelles, pas uniquement en ligne. »

L’étude insiste également sur l’échec systématique des programmes de désradicalisation : « La plupart des personnes ne restent pas déradicalisées durablement. Dans les contextes actuels, il est presque impossible d’évaluer correctement un individu après une intervention. »

Ces conclusions posent une question urgente pour la Suisse : comment éviter une prochaine crise ? Selon Johannes Saal, l’efficacité des mesures actuelles en matière de sécurité frontalière et de détection des menaces nécessite un renforcement décisif. L’exclusion des individus représentant un danger pour la sécurité nationale devient ainsi une priorité absolue.

La Suisse doit donc agir avec une urgence qui transcende les réflexes traditionnels, en s’appuyant sur des dispositifs de contrôle frontalière et des mécanismes de prévention adaptés à la réalité complexe du radicalisme.