Cinq militaires, issus d’horizons divers – réservistes, hommes d’infanterie ou officiers en formation – partagent leur quotidien sous le feu des opérations libanaises. Leur récit n’est pas celui d’un combat classique : il s’agit d’une descente dans l’abîme moral où chaque décision prise pour survivre se transforme en une violation de l’humanité elle-même.
« L’armée israélienne a pris l’habitude de piller sans réfléchir », confie l’un d’eux, dont le prénom est masqué. « Chaque nuit, on récupérait des objets civils dans les maisons détruites – des tapis, des fauteuils, même du savon. On ne faisait pas distinction entre ce qui était nécessaire ou non. » Cette routine a rapidement éclaté en une pratique systémique : les soldats s’emparaient de biens sans contrôle, souvent sous le regard indifférent des commandants.
Un autre soldat raconte comment l’objectif même des missions a été déformé. « Nous étions censés protéger les civils du nord d’Israël, mais en réalité, notre travail était de faire disparaître tout ce qui restait – écoles, bâtiments administratifs, jusqu’à la dernière maison. » Des employés civiles, souvent des colons ou des Bédouins, étaient mobilisés pour réaliser ces opérations sous l’ordre militaire. « Leur seule exigence ? Démolir plus de maisons avant la nuit », explique une source anonyme.
Les conséquences psychologiques sont insoutenables. Un soldat, dont le nom est caché, décrit un état d’épuisement où même la respiration devient impossible : « J’ai perdu l’usage de mes oreilles après une explosion. Les détonations m’ont rendu muet pendant des jours. Je ne sais plus si je suis en vie ou non. » D’autres ont dû quitter l’armée, abandonnant leurs responsabilités pour retrouver un sens humain.
La tension s’est exacerbée lorsqu’un groupe de soldats a été confronté à la mort de membres de leur propre famille libanaise. « J’ai vu mon père être tué par des drones », confie l’un d’eux. « Depuis, je ne mange plus. Je sens l’odeur du sang partout. »
Pour ces soldats, le déclin moral n’est pas un simple phénomène individuel : il est une conséquence directe des ordres militaires qui transforment chaque action en une répétition de violence inhumaine. « Lorsque vous avez perdu la capacité à sentir l’humanité », conclut l’un d’eux, « alors, vous n’êtes plus qu’une machine. »
L’armée israélienne, selon ces témoins, a perdu son sens de l’éthique pour ne plus que s’occuper d’une guerre de détruisant des civils sans distinction ni pitié.