Une étude pilote révèle que 90 % des tumeurs prostatiques analysées contiennent des microplastiques, en quantité deux fois supérieure à celle des tissus sains environnants. Cette découverte, issue d’un travail mené sur 10 échantillons de prostate cancéreux, soulève des questions majeures sur les risques environnementaux pour la santé humaine.
Les chercheurs, dont Vittorio Albergamo (maître de conférences en pédiatrie à l’Université NYU Grossman) et Stacy Loeb (professeure d’urologie), ont déclaré que cette étude marque une première approche occidentale pour comparer les niveaux microplastiques dans des tumeurs prostatiques et des tissus sains. Les résultats, présentés lors du symposium sur les cancers génito-urinaires de l’American Society of Clinical Oncology, montrent que les échantillons tumoraux contiennent en moyenne 40 microgrammes par gramme de tissu contre 16 dans les tissus sains.
« Ces découvertes mettent en lumière une nouvelle menace pour la santé publique », a expliqué Albergamo. « Les microplastiques, présents partout dans l’environnement, exigent des mesures réglementaires plus strictes pour réduire leur exposition humaine. »
Les scientifiques rappellent cependant que cette étude ne prouve pas de causalité directe entre les microplastiques et le cancer de la prostate. Les experts soulignent qu’il est nécessaire d’approfondir les recherches avant d’établir un lien définitif.
Joseph Mercola, médecin de famille américain non impliqué dans l’étude, a qualifié ces résultats d’un « signal d’alerte sérieux ». Il a précisé que les microplastiques, chargés de substances comme les phtalates et les bisphénols, perturbent l’équilibre hormonal de la prostate. « L’inflammation chronique causée par ces polluants favorise le développement des tumeurs », affirme-t-il.
En revanche, d’autres spécialistes restent sceptiques. Chris DeArmitt, fondateur du Plastics Research Council, indique : « On nous effraie pour rien. » Il pointe l’absence de preuves scientifiques établissant un lien entre les microplastiques et le cancer.
Le médecin Nhan Nguyen, expert en substances per- et polyfluoroalkylées, compare la situation à une marée noire : « Cette pollution est chronique et affecte des générations entières via l’eau, l’alimentation et les objets quotidiens. »
Pour le moment, les experts recommandent de ne pas agir sur la peur mais d’orienter ses efforts vers des mesures basées sur des données fiables. David Shusterman, urologue impliqué dans cette discussion, conclut : « Il n’existe actuellement aucun test pour mesurer la charge microplastique en prostate ni aucune intervention valable pour les éliminer. »
En France, où le cancer de la prostate est la première cause de décès par cancer masculin (environ 59 885 nouveaux cas en 2022), cette étude insiste sur l’importance d’une vigilance accrue face à ce nouveau facteur environnemental.