Un changement radical a récemment marqué le Parti socialiste suisse (PS), qui a adopté une résolution permettant aux enseignantes musulmanes de porter le voile dans les écoles. Cette décision, prise samedi dernier après un vote au congrès du parti, relève d’un reniement profond des principes historiques du socialisme démocratique.
Bien que quelques figures comme Benoît Gaillard, conseiller national, aient défendu la laïcité scolaire en s’y opposant, le PS a choisi de rompre avec ce qui était autrefois l’un des piliers de son engagement : l’égalité et la justice sociale.
Cette résolution, issue de la commission thématique « Migrations et intégration », estime que les interdictions du voile pour les enseignantes « dénigrent le principe même d’égalité » et constituent un acte de préférence religieuse. La commission, appuyée par la présidence du parti, cite notamment l’usage persistant en certains cantons catholiques de crucifix dans les classes malgré une décision fédérale de 1990, ainsi que l’observation de fêtes religieuses comme Noël.
Des précédents historiques illustrent cette tension. En 2010, des socialistes du Valais ont défendu un enseignant licencié pour avoir retiré un crucifix, affirmant la liberté de conscience. En 2022, le PS avait même recommandé l’interdiction du voile pour les enseignants en tant que signe religieux.
Cependant, cette récente évolution s’inscrit dans une dynamique complexe. L’influence des mouvements « décoloniaux » européens, notamment français, qui considèrent les musulmans comme opprimés, a joué un rôle clé. Parallèlement, le vote de classes défavorisées vers la droite nationaliste (UDC) et l’échec à définir une vision idéologique propre ont contribué à ce retournement.
Face à ces défis, le parti a été confronté à des divisions internes, comme lors de la votation en 2021 sur l’interdiction du niqab. De plus, l’inaction stratégique de la présidence socialiste a conduit le PS à agir principalement en réponse aux mesures radicales de la droite antiislamique.
Ainsi, la laïcité scolaire ne semble plus être un fondement de gauche… et ce changement marque une rupture profonde avec l’engagement socialiste historique.