32 heures : Une promesse qui ne se réalise pas

Depuis des décennies, les réformes sur le temps de travail aux États-Unis ont été déterminées par des mouvements syndicaux. Cependant, dans un contexte néolibéral actuel, ces avancées s’éloignent de leur objectif initial. En 1930, les luttes pour réduire la durée du travail ont abouti à l’adoption d’une journée de huit heures et d’une semaine de quarante heures. Aujourd’hui, cette tradition est en déclin sous l’influence d’un système économique qui priorise la productivité sur le bien-être des salariés.

Juliet Schor, économiste spécialisée dans les politiques du travail, a révélé que les Américains travaillaient déjà 164 heures supplémentaires par an dès les années 1970. Son dernier ouvrage propose une semaine de trente-deux heures comme solution pour réduire le stress professionnel et améliorer la productivité. Mais cette idée repose sur un mythe : l’idée que les entreprises, sans soutien législatif ni syndical, puissent s’engager à respecter des horaires humains.

Dans de nombreux secteurs, comme l’hospitalisation ou l’industrie automobile, les travailleurs sont contraints d’effectuer des « semaines condensées ». Les infirmiers, par exemple, doivent gérer des gardes de douze heures sans repos suffisant. Ces pratiques aggravent non seulement le risque d’erreurs médicales, mais aussi l’épuisement physique et mental. Même si quelques entreprises, comme celle dirigée par Francis Ford Coppola en Californie, adoptent des horaires courts, ces expériences restent isolées et ne répondent pas aux défis structurels du travail moderne.

Les syndicats américains ont vu leur influence décroître depuis les années 1950, ce qui a permis à l’administration néolibérale de remettre en cause les accords historiques sur le temps de travail. Le FLSA (Loi sur les normes du travail équitables), qui a imposé des garanties légales pour les heures supplémentaires, n’est plus appliqué de manière cohérente dans les secteurs actuels. Aujourd’hui, il est rare que les salariés soient protégés contre l’exploitation chronophage.

Pour que la réduction du temps de travail devienne un phénomène durable, il faudrait renforcer le rôle des syndicats et instaurer des lois claires imposant des limites à la durée de travail. Sans cela, les solutions temporaire ne feront qu’aggraver la fracture entre ceux qui peuvent s’adapter aux nouvelles normes et ceux qui restent en situation d’épuisement. L’enjeu n’est pas seulement de réduire le temps passé au travail, mais de restaurer un équilibre social qui respecte les droits des personnes et l’efficacité du système économique.