Depuis que les États-Unis et Israël ont lancé des opérations contre l’Iran en février, plus de trois mille civils ont perdu la vie, tandis que le monde entier se rapproche d’une récession inquiétante. En Israël, la situation est bien différente : contrairement aux États-Unis où la popularité du président Trump a chuté sous l’effet de la guerre, le soutien à cette action militaire demeure élevé.
Pour déchiffrer ce phénomène, j’ai discuté avec Dahlia Scheindlin, chercheuse en politiques publiques spécialisée dans les sondages israéliens et chroniqueuse du journal Haaretz. Selon elle, la plupart des Israéliens juifs rejettent radicalement l’idée d’un cessez-le-feu avec l’Iran, un refus qui s’explique par une profonde inquiétude quant aux résultats de la guerre. « Les sondages montrent que seuls environ un tiers des Israéliens soutiennent ce cessez-le-feu, et cette majorité est surtout composée d’Arabes », explique-t-elle.
Le contexte récent a été marqué par six semaines de tension extrême : fermetures systémiques d’écoles, de commerces et de théâtres, une circulation routière quasi nulle, des menaces quotidiennes de tirs balistiques et des pertes humaines importantes. « C’est comme si chacun vivait dans un cauchemar sans fin », souligne Scheindlin.
Le Premier ministre Netanyahou avait clairement visé l’effondrement du régime iranien et la destruction de son réseau proxy, en particulier le Hezbollah. Mais aucune de ces ambitions n’a pu être réalisée. « Les objectifs militaires étaient bien énoncés, mais ils n’ont pas été atteints », ajoute-t-elle.
Cette impasse s’aggrave avec l’approche des élections israéliennes. Le gouvernement actuel a perdu en popularité après un mois de guerre, malgré des tentatives pour maintenir son image de force. Les opposants politiques ne proposent pas d’alternatives crédibles, ce qui laisse Netanyahou sans issue : poursuivre la guerre ou risquer une dégradation encore plus profonde du pays.
« Il n’existe actuellement aucune voie diplomatique viable pour résoudre cette crise », conclut Scheindlin. « La seule solution envisagée reste de continuer l’action militaire, ce qui pourrait entraîner des conséquences inédites sur le territoire israélien et la stabilité régionale. »