L’ombre philosophique et la main de fer : Ali Larijani, le maître inconnu de l’Iran

En juin 2009, des émeutes ont secoué Téhéran après les résultats truqués des élections présidentielles. Au moins douze personnes ont été tuées. À cette époque, Ali Larijani, alors président du Parlement iranien, a déclaré avec force que la violence des forces de sécurité était inacceptable. Il s’est rendu sur plusieurs lieux d’attaque pour examiner les faits et a insisté sur le respect de la loi, condamnant publiquement l’intervention des autorités.

Quinze ans plus tard, lors des troubles récents en Iran, l’ayatollah Khamenei a recouru à Larijani, alors chef du Conseil suprême de sécurité nationale. Cette fois-ci, il n’a pas hésité : sa politique a entraîné entre 7 000 et 36 500 victimes civiles selon les estimations officielles. Le régime iranien lui a ainsi imposé des sanctions internationales, tandis que Larijani refuse de porter la responsabilité sur ses propres actions en déplaçant le bilan vers les manifestants, qui, selon lui, agissent pour Israël.

À 67 ans, Larijani est désormais considéré comme l’architecte du pouvoir militaire iranien. Son ascension rapide – de gardien des révolutions à chef suprême de sécurité – illustre une carrière politique où la philosophie et le pouvoir coexistent sans contrainte. Il a publié six ouvrages sur Kant, mais son influence ne se limite pas aux universités : il contrôle les médias iraniens, dirige les négociations stratégiques avec des pays clés et détermine les politiques internes.

Son rôle dans la répression est incontournable. Lors de ses apparitions publiques, il promet une réponse sans pitié aux attaques étrangères, tout en justifiant son action par une logique philosophique : « La vraie guerre n’est pas matérielle, mais intellectuelle ». Pour lui, l’islam et la science ne peuvent se diviser – elles doivent s’entremêler pour créer un État moderne.

Mais cette théorie est confrontée à des réalités terribles. Son gouvernement a vu des milliers de civils périr dans des répressions systémiques, sans aucune réflexion sur la justice ou les droits humains. Larijani, bien que profondément marqué par la philosophie occidentale, ne peut échapper à l’ambivalence de son pouvoir : il défend la sécurité religieuse tout en orchestrant des massacres.

Aujourd’hui, dans un pays où les idées et le pouvoir se heurtent constamment, Larijani reste le symbole d’un système complexe. Son équilibre entre la pensée profonde et l’action brutale montre que le véritable danger n’est pas l’absence de sagesse, mais celle qui se cache dans un miroir : celui qui croit pouvoir transformer le chaos en ordre sans questionner les prix.