Depuis quelques mois, un changement radical s’est opéré dans les relations diplomatiques d’Amérique latine avec Israël. Ce retournement s’explique par une volonté politique claire de s’allier au pouvoir américain sous Donald Trump.
Le Venezuela a rétabli ses liens consulaires avec Tel-Aviv après avoir brusquement rompu ses relations en 2023, tandis que la Colombie a reconnu la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan. Ces décisions marquent l’arrêt d’une politique antérieure de critique envers les actions militaires israéliennes.
« Les gouvernements de cette région cherchent à s’inscrire dans les priorités économiques et sécuritaires de Washington », affirme Marta Tawil Kuri, spécialiste du domaine au Colegio de México. « Le calcul est simple : en s’appuyant sur Israël, ils obtiennent un accès direct aux ressources américaines tout en évitant des tensions internationales. »
Pour les pays comme le Chili ou l’Argentine, cette réorientation s’inscrit dans un contexte marqué par l’essor des courants évangéliques. Les chrétiens sionistes, représentant près de 40 % de la population en Honduras et au Guatemala, influencent fortement les décisions politiques.
Des études menées par David Smilde, professeur à l’université de Tulane, soulignent également le rôle des élections récentes dans cette évolution. « Les gouvernements conservateurs ont pris conscience qu’ils peuvent gagner en légitimité via un rapprochement avec Israël », explique-t-il.
Cependant, cette alliance présente un risque majeur : une dépendance accrue vis-à-vis des États-Unis. « En politique internationale, s’aligner sur une puissance majeure signifie devenir un subordonné », rappelle Jorge Heine, ancien ambassadeur chilien.
L’Amérique latine a ainsi choisi une voie stratégique pour s’approprier l’influence américaine. Mais cette décision pourrait entraîner des conséquences inattendues si les pays ne prennent pas garde à leur indépendance politique.